NOTRE FAMILLE ENDEUILLÉE
DÉCÈS DU PM LOÏC LE PAGE

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Une triste nouvelle : la mort en Afghanistan du fils du Général Le Page, président de la FNAP.
En fin de matinée, vers 11h15, le 4 mars en Afghanistan, le fils du général Le Page grièvement blessé dans un accrochage avec les Talibans est décédé de ses blessures. Premier maître dans les Commandos Marines (FUMACO), il servait dans les forces spéciales et participait à l'opération Héraclès, opération de lutte contre le terrorisme dans ce pays, aux côtés de soldats américains.
L'accrochage s'est produit dans une zone située à l'Est de Kandahar.
Cette triste nouvelle affecte et endeuille toute la communauté parachutiste.
J'ai pu joindre téléphoniquement dans l'après-midi le général Le Page et lui ai fait part de notre consternation et de notre immense tristesse.
Lui présentant nos condoléances attristées, je l'ai assuré de la solidarité de l'UNP et de notre amitié dans cette douloureuse épreuve. Par la pensée et par le coeur, toute la famille parachutiste se trouve auprès de lui et de sa famille.
Dans l'accomplissement de sa mission, au service de la France, le fils du général Le Page est mort en soldat, en commando et en parachutiste. Malgré la terrible douleur de la perte d'un enfant et le deuil cruel qui le frappe, son père en éprouve une légitime fierté. [...]
Général (CR) Christian PIQUEMAL
Président national de l'UNP

In memoriam l'hommage rendu au Maître principal Loïc Le Page
« Vous ne serez jamais oublié »
Le Maître principal Loïc Le Page est décédé le 4 mars dernier en Afghanistan. Une cérémonie militaire en hommage à ce membre du commando Trepel a eu lieu le 9 mars dernier à Lann-Bihoué. Extrait de l’éloge funèbre prononcé par le ministre de la Défense, madame Michèle Alliot-Marie.
Nous sommes réunis aujourd’hui sur la base de Lann Bihoué pour rendre un dernier hommage au Premier maître Loïc Le Page, tombé au combat en Afghanistan, au service de son pays et au service de la paix. Toute la communauté militaire, et au-delà l’ensemble la Nation, s’unissent à moi pour exprimer, à sa famille et à ses proches, notre tristesse et notre solidarité. Face à la douleur que représente la perte d’un époux, d’un père, d’un fils, d’un frère, d’un compagnon d’armes, les mots manquent toujours. Ils manquent d’autant plus que cette disparition vient suspendre brutalement le cours d’une vie encore jeune. La vie d’un père de famille aimant, responsable, la vie d’un homme totalement engagé dans la défense de son pays. En cet instant de profonde émotion, j’ai conscience de tous les sacrifices que demande la France à ses soldats et à leurs familles, lorsqu’elle les envoie loin de nos frontières, pour lutter contre les foyers terroristes et pour préserver la paix. J’ai pu souvent mesurer par moi-même, sur le théâtre d’opérations du sud afghan, les dangers qui vous guettent. J’ai pu y voir surtout la remarquable efficacité avec laquelle vous accomplissez vos missions. Cette efficacité, mais aussi le dévouement, le courage, l’enthousiasme, le sens des responsabilités, sont autant de qualités qui ont toujours animé le Premier maître Loïc Le Page. Je veux rendre aujourd’hui hommage à son honneur de soldat et de Commando Marine.
Premier maître Loïc Le Page, vous entrez à l’école de maistrance en janvier 1996 et votre but est déjà clair : devenir Commando Marine. Au cours d’une année passée au groupement des fusiliers marins de Brest, vous découvrez déjà les séjours au loin. Vous êtes envoyé par deux fois en Nouvelle-Calédonie. En 1998, vous réalisez vos aspirations. Vous suivez le cours commando à Lorient. Vous vous y distinguez brillamment. Vous choisissez à l’issue le commando Jaubert. Vous gravissez rapidement les différents degrés de la formation « Forces spéciales ». Vos affectations à l’extérieur se succèdent : Gabon, Sénégal, Afrique du Sud. Au sein de la compagnie de fusiliers marins de protection du centre de transmissions de « France Sud », vous confirmez vos qualités de chef et d’entraîneur d’hommes. Vos qualités, vos résultats, font de vous un des plus jeunes sélectionnés pour le brevet supérieur. Vous sortez premier en avril 2003. Vous devenez alors chef de groupe au commando Trepel. Après deux missions à Djibouti en 2005, vous êtes tout naturellement retenu, en janvier 2006, pour la mission ARES en Afghanistan. Votre action y est déterminante, notamment pour préparer vos hommes aux conditions si particulières du combat en Afghanistan. Samedi dernier, votre engagement a été essentiel pour permettre le succès de votre groupe dans une mission extrêmement périlleuse. Cet acte de bravoure vous a malheureusement coûté la vie.
Votre trop brève carrière, Premier maître Le Page est celle d’un homme passionné, courageux, profondément dévoué au métier des armes. Tous ceux qui vous connaissent garderont en mémoire vos exceptionnelles qualités professionnelles et humaines. Ils se souviendront du camarade, du sportif accompli, du meneur d’hommes. Ils se souviendront d’un homme animé par le sens du devoir, convaincu à raison que l’avenir de la France repose sur l’engagement et l’énergie de ceux qui la servent. Premier maître Loïc Le Page, c’est dans l’accomplissement de votre devoir de soldat et de Commando Marine que vous avez été brutalement soustrait à l’affection de vos proches. En vous disant aujourd’hui adieu, je veux exprimer, devant votre épouse Aude, devant vos enfants Alexis et Eléonore, le profond respect qu’inspire votre manière exemplaire d’exercer votre métier. Les Français sont fiers de compter parmi leurs compatriotes des hommes comme vous, engagés sans réserve pour la paix et pour la défense des valeurs de la République. Avant de vous remettre la Médaille Militaire et la croix de la Valeur Militaire que justifie votre conduite, je m’incline devant votre vaillance, devant l’exemple que vous nous laissez. Il ne sera jamais oublié. Vous ne serez jamais oublié.
Au nom du Président de la République, au nom du Premier ministre et de l’ensemble du Gouvernement, je vous exprime, Premier maître Loïc Le Page, toute la reconnaissance de la France.
Citation
Le ministre de la Défense cite à l’ordre de la Marine nationale le Premier maître Loïc Le Page – ID 95 710 40005 – Commando Trepel – Lorient – « Jeune officier marinier supérieur fusilier marin, chef de groupe de combat du commando Trepel, au dévouement et à l’esprit de discipline sans faille. Détaché en Afghanistan depuis le 4 janvier 2006, au sein du Task Groupe « Ares » dans le cadre de l’opération « Héraclès Porte Sud », a fait preuve des plus belles qualités militaires. Au cours de l’opération « Makila », le 4 mars 2006, dans une zone particulièrement sensible de la vallée de Maruf propice aux infiltrations terroristes et alors qu’il effectue la reconnaissance d’un village de Salam Kalay à la tête de son escouade, a été pris sous le feu d’une dizaine de talibans. A riposté avec son groupe durant plus de vingt minutes face à un ennemi lourdement armé. Lors de cet engagement, a trouvé la mort dans l’accomplissement de son devoir en luttant contre le terrorisme. Pour ses qualités de chef, son comportement et son courage exemplaires au service de la France, mérite d’être cité en exemple ». Cette citation comporte l’attribution de la Croix de la Valeur Militaire avec palme.

Souvenirs et peine d'un proche
Ce samedi 4 mars 2006 une terrible nouvelle, tel l'orage, nous a foudroyés : au téléphone le général Le Page, la voix étouffée par le chagrin, venait de nous annoncer la mort au combat de son fils Loïc, chef de section d'un Commando Marine engagé en Afghanistan contre les talibans. Quelques détails précisaient que Loïc était tombé en héros d'une balle en plein cœur en prenant position sur un mouvement de terrain contrôlant un village, objectif du commando. C'est alors que les souvenirs ont surgi : Loïc, ce petit blondinet de sept ans, vif argent, espiègle, souriant, chahutant à Beaudecourt. Nous l'avions perdu de vue mais nous savions qu'il excellait dans les Commandos Marine où, en dix ans de services, il avait accédé au grade de Premier maître ( Adjudant ), ce qui est exceptionnel.
La Marine avait choisi la Base aéronavale de Lann-Bihoué, mieux adaptée que la Base des Commandos Marine de Lorient, pour accueillir les 1500 personnes attendues aux cérémonies religieuse et militaire. Les amis avaient accouru de la France entière pour témoigner leur affection à la famille Le Page. Un immense hangar pour Breguet Atlantic avait été dégagé de ses matériels et décoré aux armes des Commandos. Entre les parachutes agités par les courants d'air apparaissaient les photos des figures légendaires des Commandos, comme prêtes à accueillir le dernier héros de leur jeune lignée. L'autel était encadré par les hommes du Commando Trépel, unité de Loïc, en tenue de combat avec leur fameux béret vert. Huit prêtres se tenaient prêts à co-célébrer la messe dont le Père Yannick Lallemand, ami de la famille, aumônier du 4ème Étranger après avoir été celui du 1er R.C.P., du 3ème R.P.I.Ma et du 2ème R.E.P.
Une immense vague de tristesse atteignit l'assemblée lorsque les familles du défunt apparurent. Aude, la jeune veuve, impressionnante de dignité, était accompagnée de Thérèse et de Maurice Le Page ainsi que des sœurs et frère de Loïc, portant à tour de rôle les deux jeunes orphelins, Alexis, deux ans et Eléonore, onze mois. On aurait voulu leur crier qu'on était avec eux. Tout près d'eux, les hommes du Commando masquaient mal leur émotion, leurs gorges se serraient, leurs lèvres se crispaient. Arrivèrent alors les autorités militaires emmenées par madame Alliot-Marie, ministre de la Défense, accompagnée de son homologue le ministre de la Défense Afghan et de l'ambassadeur de l'Afghanistan en France, signe très fort et peu courant de compassion internationale. Le cercueil drapé de tricolore apparut, porté par six frères d'armes de Loïc. Moment d'intense émotion encore accrue par le son des cornemuses jouant un vieil air irlandais de circonstance. L'aumônier régional de la Marine Atlantique fit l'homélie et le Père Yannick, l'absoute. On apprit que se tenait à Tahiti, au même moment, une messe à la mémoire de Loïc, à l'ascendance tahitienne. Magnifique hommage de nos amis maoris.
Absoute du Père Yannick Lallemand :Loïc, une amitié de plus de quarante ans me lie à votre chère famille. Quand nos chemins se croisent, nos rencontres sont toujours chaleureuses, profondément amicales. Dans quelques instants vous seront rendus les Honneurs de la France tout entière et de cette Armée que vous avez servie avec tant de joie mais aussi d'abnégation, de courage et d'Amour. Par cette dernière prière de l'Au-Revoir, il me revient de vous dire la reconnaissance et la fierté de notre Église, cette famille des croyants en Jésus-Christ dont vous faisiez partie depuis votre baptême et par votre Foi si vivante. Comment ne pas se souvenir des paroles très forts que Jean-Paul II, fils de militaire, adressait aux soldats du monde entier et qui rappellent, Loïc, le sens de votre sacrifice : "Vous luttez chaque jour, disait-il, contre la violence et les forces destructrices du mal, présentes dans le monde. Vous êtes appelé à défendre les faibles, à protéger les personnes honnêtes, à encourager la coexistence pacifique entre les peuples. A chacun de vous revient le rôle de sentinelle qui regarde au loin pour prévenir le danger et promouvoir partout la justice et la paix…". Loïc, servir ce fut toute votre vie… ce fut votre chemin de bonheur… il est aujourd'hui votre chemin de sainteté car nous dit Jésus : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour les autres".
Le hangar se vida lentement de cette foule impressionnante qui alla prendre place au dehors, autour de la place d'Armes balayée par une fraîche bourrasque de Noroît. Madame Alliot-Marie fit l'éloge de Loïc, promu Maître Principal ( Adjudant-chef ) à titre exceptionnel… à trente ans !! Elle conféra à Loïc la Médaille Militaire à titre posthume et elle épingla sur le cercueil la Croix de la Valeur Militaire avec palme. Puis ce fut la lente dislocation. Un peu à l'écart, madame Alliot-Marie resta longtemps en compagnie de Aude, la veuve de Loïc et avec Thérèse et Maurice Le Page. Nous étions là, pas loin, bouleversés par le chagrin.
Nous fûmes quelques uns à accompagner les familles au cimetière à quelques kilomètres de la base. Le Père Yannick bénit la tombe et le cercueil. L’inhumation nous glaça l'échine. Le soleil resplendissait dans un dernier salut à Loïc, lui qui l'aimait tant. Le colonel Marcel Stanghellini qui eut Loïc pour élève alors qu'il commandait le Lycée militaire d'Autun à la fin des années 80 sut trouver les paroles chaleureuses, réconfortantes mais émouvantes en s'adressant à "son" petit Loïc qu'il surnommait affectueusement "Didi", au nom d'une complicité quasi paternelle.
Cette triste journée s'achevait. Une fois encore, nous nous étions trouvés démunis, impuissants face à la mort.
" Pourquoi, mon Dieu ", écrivait Victor Hugo, " faut-il que l'herbe pousse et que les enfants meurent " ?
Hommages à Loïc en Polynésie française
Deux cérémonies religieuses ont eue lieu en Polynésie française en mémoire de Loïc, né à Tahiti.
La première s'est déroulée en la cathédrale de Papeete, le jeudi 9 mars à 18h00. Une dizaine de Marins étaient présents pour cet hommage et l'Acomar 987 était représentée en la personne de son président, le Major André Bailles.
Puis un office religieux, organisé par la section locale des "Médaillés Militaires", a eu lieu en la chapelle du camp d'Arue, le samedi 18 mars à 10h00. Une délégation de l'Acomar 987 était à nouveau présente pour honorer ce nouvel hommage.
L'association "Acoram - Acomar 987", nouvellement créée, avait envoyé à Lorient une gerbe de fleurs et a proposé de nommer Loïc "membre d'honneur à titre posthume de l'association". Par ailleurs, il est envisagé de baptiser une future session de la PMM du nom de Loïc. Le Général Maurice Le Page et son épouse, très touchés par ces intentions, ont donnés pleinement leur accord à ces propositions. Enfin, ils ont précisé : "Notre fils, Loïc, aimait profondément la Polynésie et avait projeté de s’y rendre en novembre prochain. Fidèle à son idéal de Commando Marine, il demeurera ainsi à jamais dans le souvenir du pays de sa maman et dans les mémoires, accompagné par ses frères d’armes."

